HUMAN

 

Amnistad…


Longtemps je n’ai connu que le grand roi affublé de sa crinière d’or : le lion…

Longtemps,

je n’ai croisé que les éléphants marqués de leur céleste et de leur empreinte terrestre depuis mon Afrique…

La couleur de mon ciel était d’un bleu magicien,

la senteur de ma terre était ocre et rugissante d’immensité,

ma musique sonnait des rythmes ancestraux brassés depuis le tam-tam de mes dieux…

Mais aujourd’hui,

le silence de la gazelle qui attend la flèche est loin,

plus loin que mon propre horizon…

…Mes songes se sont embrumés…

Ma terre et mère,

mon Afrique a disparu dans le ressac incessant des flots roulants sur les flancs de ma nouvelle vie…

Il y a quelque temps,

des hommes à la peau blanche nous ont enchaînés puis jetés dans les tréfonds de la bassesse pour un ailleurs nous ont-ils dit…

C’est en homme libre de son air et de sa terre qu’ils m’ont pris,

mais c’est en esclave privé de son feu que je descendrai sur cette ère qui nous attend.

Mes compagnons de chaînes et de douleurs,

tous couverts de leur négritude respirent le triste et le foudroyé à pleins poumons…

Je ne sais plus combien de jours ont coulé depuis la capture de mes jours et celle de mes autres frères noirs,

mais je suis au service maintenant de ceux dont la peau blanche est humaine.

C’est à ce qui paraît l’essence même de leur âme, ils en ont une…

Depuis notre peau noire,

il semblerait que d’âme il ne peut s’agir pour nous car dépourvus nous en sommes…

Malgré sa noirceur,

ma chair gardera à tout jamais la brûlure de l’enfer de mes pieds mis aux fers.

C’est rouge comme le sang,

c’est déchirant comme la lame du couteau qui s’aiguise au fil du tranchant…

Il m’arrive de penser à ceux qui sont restés là-bas,

au pays de la crinière d’or et du lion.

Je les imagine pas à pas marcher libres sur leur terre…

J’essaye de sentir l’odeur de l’herbe souillée par la vie et son mirage,

mon Afrique…

Aujourd’hui,

ma seule liberté est celle de respirer,

des murs hauts comme est grand notre désespoir se sont dressés tout autour de moi… Je ne vois même plus le bleu magique du ciel et de ses anges…

Je le sais, les anciens sont venus me le dire pendant mon sommeil,

un jour, tout cela s’arrêtera.

Un jour,

libre à nouveau nous serons,

ce sera la liberté, la libertad, l’Amnistad…

J’espère seulement que je pourrai voir ce miracle,

et que les cieux attendront que je foule une dernière fois la terre de ma libertad, celle du roi à la crinière d’or : le lion, celle de mes éléphants célestes aux empreintes si terrestres avant de m’appeler à eux.

Je voudrais revoir une dernière fois mon ciel bleu et magicien aux senteurs d’ocre et de rugissant…

Ma terre d’Afrique, mon Amnistad….