YAHEL...
Je ne comprends pas ce qu'il m'arrive,
des hommes fort bruyants de leurs bottes noires
sont venus ce matin,
et nous ont arrachés à notre quotidien,
parce que nos ancêtres et nous-même maintenant,
prions depuis longtemps Yahvé,
Père de tous nos vœux,
le chandelier à sept branches dans le cœur.
Ils nous ont emmené, dans les cris et les larmes
par le seul fait de leurs armes,
vers ce butin,
celui depuis lequel je vous parle,
triste trophée d'une nation je crois en perdition...
Ils sont devenus fous, ces soldats de bassesses
car par eux, beaucoup de vies me disent au revoir,
mais c'est à jamais
Ils nous séparent,
faibles de ce que nous sommes,
femmes, enfants et hommes affolés,
porteur de notre appartenance, l'étoile jaune,...
...celle qui autrefois avait été si haut levée,...
Mais aujourd'hui, son étincelle nous rabaisse au rang
de ce que nous n'avons jamais été : des animaux...
Certains d'entre nous n'ont pas encore compris
que les ténèbres sont au rendez-vous
de ce funèbre festin...
Ils pensent que seule la prison nous attend,
mais moi, je lis dans les yeux de ces guerriers
un fanatisme de loup,
et )e comprends en silence qu'il s'agit bien de la fin,
tragédie en tous actes pour un requiem à la mort, la
nôtre,
nous, ma race tout entière, les juifs,
morpions de l'humanité et tyrans en toute heure...
Je suis nu, comme Adam,
sale de ce que )e suis, comme tous les autres d'ailleurs,
dans leur miséricorde les loups bottés de noir
s'abaissent à
vouloir nous laver, c'est pour cela que je siège
en cet endroit, souffle de silence,
puanteur d'horreurs passées et à venir,
car ce n'est pas dans une eau que nous allons nous
refaire,
mais par un gaz qu'ils vont tous nous défaire,
mortelle randonnée pour mon sort abandonné
et toujours ours muet, mais le jour où vous saurez,
s'il vous plaît, ne m'oubliez jamais,
comprenez la capable noirceur de notre humanité,
pour ainsi toujours la contrer...
Je m'appelais Yahel, et j'avais dix ans...
Extrait de "HUMAN"